Du metal à Jésus Christ au metal (à Jésus Christ)

Publié le par Manu

"Du death metal à Jésus Christ": j'ai découvert ce témoignage en surfant sur Google l'été dernier, lorsque la polémique autour du Hellfest commençait à retomber. Il m'a laissé une impression très mitigée.

En tant que chrétien, je me réjouis évidemment de cette conversion, de la Grâce qui a été faite à ce jeune homme, qui a découvert l'amour que Dieu lui porte et qui y a puisé la force de renoncer à tout ce qui était source de souffrance pour lui et qui brouillait ses relations avec se proches, l'enfermait dans une forme de mensonge permanent à lui-même et à autrui. C'est un très beau témoignage, au travers duquel je perçois très nettement l'action de l'Esprit Saint.

Par contre, l'usage qui semble en être fait sur un certain nombre de sites cathos me trouble profondément. S'il est certain que la musique metal n'est nullement étrangère à plusieurs comportements nuisibles à ses émules (alcoolisme, scarifications, discours hostiles au christianisme) et à autrui (provocations gratuites, une poignée de faits divers largement médiatisés), c'est à mon sens de façon incidente et ne met pas en cause sa nature, ni sa finalité.

En sens contraire en effet on peut évoquer le témoignage de jeunes que l'écoute du metal a détournés de leurs pulsions auto-destructrices. Le père Robert Culat, dans son livre L'Age du metal (Editions du Camion Blanc, septembre 2007), en cite plusieurs:

"Le metal m'aide à purger mon agressivité.L'écoute du Death metal m'apaise". (p. 187)

"Personnellement le metal me renforce, me régénère, il me permet de ne pas sombrer dans une dépression en voyant dans quel monde nous vivons". (p. 188)

"Cette musique m'a servi d'exutoire à l'époque où j'avais besoin de défouler une violence contenue qui aurait pu déboucher sur des actes autrement rédhibitoires". (p. 189) 

Et si je puis me permettre d'apporter mon propre témoignage, je ne suis pas d'accord du tout non plus pour décrire le metal comme une musique par nature source de colère et de souffrance.

Il est vrai que lorsque j'ai commencé à écouter du metal (surtout du heavy et du black), je sortais de l'adolescence et me suis détourné de mon éducation chrétienne et de ma foi par des attitudes et des opinions néfastes et courantes chez certains métalleux. Il est tout aussi vrai que lorsque je suis retourné dans l'Eglise, j'ai arrêté d'écouter pendant plusieurs années des groupes de metal, et j'ai essayé de faire une croix sur cette période de ma vie.

Et j'en ai ressenti de la souffrance. J'avais l'impression de me couper d'une certaine forme de beauté dont l'expérience m'avait été donnée. Je n'arrivais pas à faire le lien entre ce que je concevais comme mon devoir de chrétien et le souvenir que je gardais de mes amis métalleux. J'avais l'impression d'être écartelé entre deux vérités dont j'avais été témoin, aussi incontournables l'une que l'autre et pourtant apparemment incompatibles.

J'ai recommencé à écouter du metal, en choisissant des groupes chrétiens pas trop méchants comme Stryper. Puis je suis passé au unblack metal, avec des groupes comme Antestor. J'ai découvert que des chrétiens essayaient de réconcilier leur passion du metal avec leur foi, comme les groupes de metal chrétien, comme le père Culat, comme les membres du groupe facebook "Je suis chrétien, j'écoute du metal et ce n'est pas contradictoire".

J'essaie actuellement de faire oeuvre de discernement à la façon ignatienne, en prêtant attention à ce que le metal me fait, aux mouvements qu'il suscite dans mon coeur. Et malgré tout ce que certains peuvent dire sur l'incompatibilité apparente entre les ambiances nihilistes et désespérées propres au black metal et la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, je rejoins le témoignage cité plus haut qui mentionnait l'influence apaisante du death metal. En donnant une structure (si déstructurante soit-elle par rapport aux styles musicaux plus répandus) et un rythme (parfois à la limite du supportable mais évocateur et rempli de signifiants) à des angoisses et des fantasmes jusqu'alors non formulés, le metal extrême les exorcise et leur donne de la beauté, une source de significations potentiellement positives et créatrices d'espoir dans la vie et l'âme de l'amateur de black metal que je suis. Et si personnellement je ne suis pas musicien, cette beauté qui surgit dans leur vie, là où ils voyaient peut-être un peu trop de laideur, incite les amateurs de cette musique qui jouent d'un instrument à créer plutôt que détruire.

Je n'ai pas fini mon discernement, mais ce point où j'en suis me paraissait suffisamment important pour le partager avec vous.

Pour finir, je voudrais vous fournir une dernière piste de réflexion: l'aumônerie de ma paroisse, où je suis animateur, a organisé la projection du film D'une seule voix, qui montre la tournée en France d'un orchestre composé d'iraeliens juifs et arabes, et de palestiniens. On y trouve des musiciens de hip hop, style parfois aussi contesté que le metal. Tout le monde a trouvé ce film très beau, très proche du message de l'Evangile. Et bien le groupe israélien Orphaned Land, qui a certes développé une identité très singulière, mais qui est parti du death metal, ne cesse au fil de ses albums de chercher à promouvoir la paix entre chrétiens, juifs et musulmans, et revendique avec fierté son succès auprès des jeunes palestiniens.

Où est la différence?

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Xavier 26/06/2010 08:05



Très bel article, qui traduit bien ce que ressentent la plupart des amateurs de métal. Je suis athée, mais j'éprouve la même chose à l'écoute d'un bon cd de métal.



Manu 09/07/2010 10:42



Merci beaucoup!