Vivre l'Espérance...

Publié le par Manu

Je parle fréquemment de l'Espérance dans mes billets. Mais au fond, l'Espérance, qu'est-ce que c'est?

 

  Le site de l'Eglise catholique en France la définit en ces termes:

 

 

"Vertu théologale dont l’objet principal est le salut, la béatitude éternelle, la participation à la gloire de Dieu. Cette vertu qui dispose le chrétien à mettre sa confiance dans les promesses du Christ, à prendre appui non sur ses forces, mais sur le secours de la grâce du Saint Esprit, le conduit par le fait même, à résister au mal et à l’épreuve et à garder confiance en l’avenir. L’Espérance s’exprime et se nourrit dans la prière. Elle se différencie de l’espoir en lui donnant sous le regard de la foi, une perspective d’éternité" (sur cette page).

 

A la lecture de cette définition, je suis en premier lieu frappé par le caractère actif de l'espérance.  Il ne s'agit pas d'une croyance diffuse en un au-delà et en une autre vie, ni d'une confiance aveugle en un Dieu silencieux: "l'Espérance s'exprime et se nourrit dans la prière". L'Espérance est une forme de relation à Dieu et aux autres qui se renouvelle et s'entretient tous les jours par la pratique régulière de la prière.

 

En second lieu, je remarque que l'Espérance ne se réduit pas à une manière d'accueillir les évènements purement subjective ou à un effort de ma volonté pour "voir la vie en rose". L'Espérance est une vertu, qui nous donne la force intérieure pour "résister" et "garder confiance" non pas à partir de nos propres forces, sur le fondement de notre décision de tenir bon, mais "par le secours de la grâce du Saint Esprit". Contrairement à l'espoir, l'Espérance ne nait pas de notre simple volonté, mais elle nous est donnée. C'est en elle-même une grâce, par laquelle Dieu nous donne la force intérieure d'endurer les épreuves et les tentations dans la foi au lieu de succomber ou de désespérer. C'est en ce sens une forme de réponse à nos prières. Certains pensent que Dieu ne répond que rarement aux prières, comme j'ai déjà eu l'occasion de le développer, mais cette force, cette "confiance dans les promesses du Christ", que sa pratique régulière nous permet d'entretenir et de faire grandir en nous, est la première et la plus fréquente des manières dont il exauce nos demandes.

 

En troisième lieu, je note que son objet est "le salut, la béatitude éternelle, la participation à la gloire de Dieu", qu'elle "dispose le Chrétien à mettre sa confiance dans les promesses du Christ" et qu'elle donne à l'espoir "une perspective d'éternité". Cette force qu'elle nous donne n'est pas complètement indéfinissable, pour mystérieuse qu'elle soit, mais s'exprime par un déplacement de notre perspective. Nous n'abordons plus la vie à partir de notre seule perspective humaine et contingente, mais à partir de "la participation à la gloire de Dieu", des "promesses du Christ" et par "le secours de la grâce du Saint Esprit". Dieu ne nous prête pas seulement sa force, mais également sa manière de voir.

 

Ce qui ne signifie pas que le chrétien pratiquant devient immunisé contre la fatigue, le doute ou le désespoir, voire la dépression. Même les prêtres, même les saints, connaissent leurs moments de nuit et d'épreuves. Sainte Thérèse de Lisieux raconte dans ses manuscrits autobiographiques les souffrances qu'elle a éprouvées au carmel, et comment elle s'est exercée à transformer les causes de ces dernières en motifs de joie.

 

Cette grâce qu'est l'espérance, cette force qu'elle nous donne, ne se manifeste pas comme un sentiment continu de la Présence et de l'Amour de Dieu. Ceux-ci sont ressentis par intermittence, des éclairs dans la nuit de notre attente, et c'est la mémoire de tels moments de grâce qui nous permet de persévérer, qui donne "cette perspective d'éternité" à nos espoirs.

 

Cette mémoire, que nous entretenons dans la prière, c'est celle de tous ces instants où il nous a semblé renconcontrer Dieu, seuls dans l'intimité de notre coeur, par des rencontres qui nous ont touchés, au cours de rassemblements, par la fréquentation des sacrements... Mais c'est aussi celle de l'Eglise, qui nous est rappelée dans les différents livres de la Bible, par le témoignage des saints, dans cet enseignement aussi dont elle est garante et qui s'est construit sur plusieurs siècles.  Nous l'entretenons également dans les sacrements: l'Eucharistie, qui nous donne de recevoir concrètement la Présence Réelle en nous chaque semaine, et la Réconciliation, qui nous rappelle que Dieu est Amour et nous empêche de nous replier dans le désespoir et la culpabilité, qui nous permet d'aller de l'avant malgré notre péché.

 

Tous ces évènements où Dieu nous rappelle son Alliance, tous ces signes par lesquels Il a fait irruption dans notre histoire, personnelle et/ou collective, pour nous rappeler que notre attente n'est pas vaine, que Sa promesse est déjà en train de s'accomplir, donnent une dimension concrète à notre Espérance, lui donnent chair, et nous permettent de donner du sens et une perspective aux soucis de notre vie quotidienne, de ne pas nous laisser obnubiler par eux, mais de discerner un ailleurs qui nous remémore leur contingence et leur caractère éphémère. Leur mémoire, et cette relation personnelle quotidienne que nous construisons dans et par la prière, nous donnent également une alternative au pouvoir de séduction du péché. Il est plus facile de résister quand nous avons clairement conscience de tout ce qui est à perdre en cédant, et de tout ce qui est à gagner en endurant.

 

  Mais cette force que nous apporte l'Espérance n'est pas juste "défensive", ne nous permet pas seulement de tenir bon. Elle nous donne également la perspective nécessaire pour chaque jour transformer un peu plus notre vie, pas à pas, patiemment, avec régulièrement des passages de stagnation, voire de régression, mais une courbe générale qui ne cesse globalement, dans la durée, de nous tirer vers le haut. Vivre dans l'Espérance, vivre l'Espérance, c'est aussi chaque jour relire notre vie à la lumière de la Promesse qui nous a été faite et des grâces qui nous ont été données, et se demander comment avancer encore un peu plus à la suite du Christ. Ce n'est pas seulement fuir le mal, mais rechercher à faire toujours un peu plus le bien autour de nous. Vivre l'Espérance, c'est en ce sens nous transformer, devenir un peu plus à l'image du Christ, même si nous ne laissons jamais derrière nous la tentation du péché, et que c'est le don de la grâce qui la rend possible.Plus que nous transformer finalement, c'est nous laisser transformer par l'Esprit Saint.

 

Puissions nous progresser dans cet accueil jusqu'à faire notre cette formulation de Sainte Thérèse de Lisieux:

 

"Mourir d'Amour, voilà mon espérance Quand je verrai se briser mes liens Mon Dieu sera ma Grande Récompense Je ne veux point posséder d'autres biens. De son Amour je veux être embrasée Je veux Le voir, m'unir à Lui toujours Voilà mon Ciel.... voilà ma destinée : Vivre d'Amour ! ! !...  (Oeuvres, 1895).

Publié dans Spi

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Durand Michel 14/08/2011 18:18



Dans ma méditation sur l'évangile de ce dimanche 14 août, j'ai découvert votre blog. Belle réflexion sur l'espérance. Y a-t-il des articles depuis le 14 janvier 2011 ?


En regardant mon blog, vous comprendrez pourquoi mon regard vous a (virtuellement) rencontré. Je me suis permis de citer dans mon homélie de ce jour votre réflexion sur la musique métal. Ceci, à
aprtir du ravail de R. Culat. J'espère vous relire.


Fraternelles salutations.
Michel



Manu 01/09/2011 10:46



Merci pour ce commentaire très encourageant, et pardon pour le retard de ma réponse... Depuis le mois de janvier dernier, j'ai surtout publié sur mon autre blog:
http://innerlightofblackmetal.wordpress.com/. Cela dit, je compte écrire à nouveau des articles sur Aigreurs administratives, notamment mon compte-rendu des JMJ auxquelles j'ai participé cet été.
Il faut juste que je prenne le temps...


A bientôt,


Manu