Jouanno déçue par Twitter

Publié le par Manu

Chantal Jouanno estime que Twitter "n'est pas à la hauteur du politique".En effet, "Sur Twitter, on ne peut pas développer un projet, des valeurs, on ne peut pas argumenter."

Autant cet aspect de la politique qui consiste à faire passer les bons mots avant les débats d'idées m'énerve (même si je comprends l'importance de la communication dans notre société), autant je trouve cette remarque bien facile et superficielle.

Je n'ai pas suivi la campagne des régionales sur Twitter, et j'ai moi-même toutes les difficultés du monde à faire vivre le compte que j'ai ouvert sur ce réseau social.

Mais si mes problèmes viennent effectivement de l'exigence de synthèse propre à ce réseau, ils me  révèlent surtout les lacunes de ma pensée  en terme de précision et d'à propos, plutôt qu'une hypothétique faillite des ambitions de Twitter.

Outre le fait qu'il est toujours possible de faire suivre une courte remarque par un lien vers un site plus complet, s'exercer à contracter sa pensée dans une formule très ramassée oblige à aller à l'essentiel et à dire les choses nettement. De cette façon le bon mot synthétise la substantifique moelle du discours, plutôt qu'il n'en occulte les zones d'ombres, comme c'est souvent le cas dans les discours politiques. Le talent et la virtuosité peuvent bien sûr primer sur la pertinence de la proposition politique, mais la limitation à 140 (et non 120) signes peut justement inciter le lecteur à ne pas s'en  contenter et à fouiller davantage.

En ce sens, Twitter me parait pouvoir être le lieu du bon mot honnête, qui s'assume comme tel plutôt que de parasiter un discours qui se prétend développé et argumenté.

Enfin, si on peut déplorer la prédominance de la stratégie de communication et de la formule facile dans la politique actuelle, comme je le faisais moi-même en début de billet, les facilités offertes par Twitter dans ce domaine, si elles peuvent être dévoyées, favorisent également la libre circulation des idées et des opinions qui est au fondement des démocraties modernes. Il n'y a qu'à voir l'usage qui en a été fait par les manifestants iraniens cet été.

Voilà pour la réaction à chaud de quelqu'un qui ne va quasiment jamais sur Twitter, mais qui est conscient des bénéfices intellectuels que pourrait lui apporter une pratique plus régulière de ce réseau. J'espère que l'usage réel des tweets par les politiques ne me donne pas trop tort.

Publié dans Actualité politique

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