Mon baptême

Publié le par Manu

Mon responsable de niveau en aumônerie m'a demandé de faire un témoignage sur mon baptême lors de la séance de ce samedi. Cet article a pour objet de préciser mes idées et de vous faire partager ma préparation.

 

Mon baptême donc ...

 

Comme j'ai été baptisé tout bébé, je n'en ai bien évidemment aucun souvenir. Ce sacrement, demandé pour moi par mes parents, n'a pendant longtemps représenté rien de vraiment concret à mes yeux: c'était juste un élément de mon identité comme un autre, avec la couleur de mes yeux ou de mes cheveux, le lieu et l'environnement ou j'ai été élevé, le métier de mes parents, etc. J'étais baptisé, et ça faisait partie de mon être, de ce que je suis, tout simplement.

 

Ce qui me paraissait peu, mais était déjà beaucoup. Dès mon plus jeune âge, j'appartenais à une communauté, celle de l'Eglise. J'avais un héritage, un cadre de référence par rapport auquel orienter ma vie, ce que tout le monde n'a pas.

 

Mais j'ai vraiment mis beaucoup de temps à le réaliser. J'ai suivi un peu mécaniquement les étapes de mon initiation chrétienne pendant mon adolescence, et j'ai tout balancé une fois adulte, après le lycée.

 

Mon retour à cet héritage, et cet état de chrétien, qui m'a été transmis par le baptême s'est fait progressivement, et par plusieurs entrées.

 

Première porte d'entrée: la vie sacramentelle. Vers 27 ans, alors que ma vie avait traversé des épisodes un peu chaotiques, j'ai éprouvé le besoin de revenir à la messe. J'ai tenu trois mois. J'ai réessayé l'année d'après, et là j'ai réussi à prendre le rythme.

 

Deux évènements m'ont aidé...

 

La fréquentation du sacrement de réconciliation tout d'abord

 

En effet, cette Eucharistie à laquelle mon baptême permet de participer était obscurcie par le souvenir de tout ce qui m'a détourné de l'Eglise, et continue de m'alourdir au jour le jour. J'avais l'impression de tricher, de ne pas vraiment être dans la communion.

 

Prendre l'habitude de me confesser m'a permis de sortir de la culpabilité. Bien plus, ce pardon qui m'y est donné m'a permis d'augmenter mon amour pour Dieu, et de donner une actualité à mon baptême: cet Esprit Saint qui alors est venu en moi me racheter de mes péchés, je le voyais renouveler son oeuvre tous les deux mois (le rythme auquel j'essaie de vivre le sacrement de réconciliation).

 

La deuxième aide est venue de la communauté des baptisés elle-même. Un paroissien m'a contacté pour intégrer un groupe de jeunes professionnels. Les amitiés que j'y ai formées m'ont motivé pour aller à la messe, puisque celle-ci est devenue le lieu où je retrouvais mes amis.

 

Cinq ans plus tard, non seulement je ne rate aucune messe dominicale, mais je sais que si cela devait arriver, ma semaine s'en ressentirait. Je sors en effet toujours plus heureux des célébrations que je n'y suis rentré.  Parfois, je vais aussi à la messe en semaine, près de mon lieu de travail à Paris.

 

Deuxième porte d'entrée, donc: le groupe Jeunes Pros qui m'a fait percevoir une nouvelle dimension de mon baptême: le partage des joies et des difficultés au sein de la communauté des chrétiens.

 

Troisième porte d'entrée: la prière. Là ça a été très dur (comme décrit ici). J'ai longtemps eu du mal à percevoir l'utilité de cette dernière. Pourquoi en effet demander à Dieu ce qu'il sait déjà? C'est par l'expérience de retraites inspirées des Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola que j'ai découvert que la prière, ce n'est pas simplement parler à Dieu, mais lui consacrer du temps, pour se laisser transformer par l'action de l'Esprit Saint. J'ai par la suite contacté un accompagnateur spirituel et travaillé à faire de la prière une habitude. Et j'ai fini par comprendre tout ce qu'elle apportait à mon équilibre spirituel, et combien elle était indispensable pour conserver en mémoire mon baptême et son héritage, même dans la grisaille et les épreuves de la vie quotidienne.

 

Quatrième et dernière porte d'entrée: le service. Etre baptisé, ce n'est pas comme le package d'une société d'assurances. On est soutenu par l'Esprit Saint, et on fait partie d'une Eglise qui peut être amenée à nous aider. Mais nous sommes également appelés à oeuvrer pour notre prochain au sein de cette communauté. Le Christ n'est pas notre ami exclusif qui vient nous consoler quand ça va mal, mais il nous demande de nous aimer les uns les autres et de le manifester par des gestes concrets.

 

Dans mon cas, ça été l'engagement dans l'aumônerie, depuis un peu plus de trois ans. Je commence également à réfléchir à d'autres formes de bénévolat.

 

Le baptême est donc ce qui m'a fait entrer dans l'Eglise, et l'évènement  par lequel l'Esprit Saint m'a rempli et racheté de mon péché. Ce baptême n'est pas un moment de mon histoire figé dans le passé, mais est renouvelé et nourri au fil des jours, des semaines et des mois par ma vie sacramentelle, communautaire, de prière et de service. Il m'a donné de désirer mieux connaître Dieu, et m'a permis de construire une relation personnelle avec Lui, qui en retour m'a amené à me sentir davantage en paix avec moi-même et en communion avec mon prochain.

 

Il m'a également donné des responsabilités, dont j'ai pris conscience graduellement. En tant que baptisé, je fais partie de l'Eglise, je suis un membre de son Corps, et mes actes, bons ou mauvais, ont des conséquences pour Elle et par rapport à Elle.

 

Tout d'abord, le baptême m'a apporté beaucoup sur le plan personnel, et tout ce que j'ai reçu, il me parait normal de le partager avec mon prochain, par des activités telles que l'aumônerie d'une part, en essayant de conformer ma vie à l'appel du Christ et de témoigner de celui-ci d'autre part, que ce soit au travail, en famille, etc.

 

Ensuite, il m'a fait entrer dans l'Eglise. Je ne suis pas chrétien tout seul, mais en communion avec Elle, ses fidèles laïcs ou religieux, ses diacres, ses prêtres, ses évêques, et son pape. J'essaie donc de mieux connaitre et comprendre son enseignement, de ne pas le déformer dans le témoignage que j'en donne et dans le discours que je tiens sur ma foi et sur l'Eglise,  et je m'efforce également de faire confiance au discernement et au sens des nuances de ses évêques, même lorsque telle ou telle de leurs paroles ou de leurs décisions peine un peu à me convaincre. Ce n'est pas toujours facile, mais au fil des années, j'ai découvert que telle ou telle position que je croyais inacceptable était non seulement raisonnable, mais même profondément humaine, et que c'est en progressant moi-même dans l'amour et le souci d'autrui que j'arrivais mieux à la comprendre et à l'accepter.

 

Etre baptisé dans l'Eglise, c'est également participer à son engagement auprès de ceux qui souffrent, être responsable vis à vis de mon prochain. Etre chrétien, c'est chercher à se mettre au service d'autrui. J'en ai souvent éprouvé la difficulté; au travail notamment, et j'arrive mieux à tenir depuis que j'ai réussi à prendre l'habitude de prier régulièrement, et de confier à Dieu tout ce qui ne va pas ou est difficile, même si il n'y a pas toujours de miracle et que parfois j'en ai vraiment ras le bol...

 

Enfin, le baptême m'a rendu responsable envers moi-même. J'y ai mis du temps, mais j'ai fini par comprendre que le péché n'est pas seulement dans le mal que je fais à autrui, mais également dans tout ce qui dégrade ou dénature ce don de l'Esprit Saint qui m'a été fait. Les rencontres et les échanges que j'ai vécus au sein de l'Eglise, ma pratique de la prière et des sacrements, m'ont convaincu peu à peu que Dieu m'a créé pour que je Le connaisse et Le désire toujours plus, en Lui-Même et au travers de mon prochain. Tout ce qui me détourne de cette finalité m'alourdit, et j'essaie de m'en détacher, ce qui est une lutte de tous les jours...

 

Depuis ces six dernières années où j'ai choisi de revenir à mon baptême, et de transformer ce choix qui au départ n'a pas été le mien en mon cheminement et ma responsabilité, j'ai donc dû engager beaucoup de combats. Mais au fil des années, je me sens également toujours un peu plus en paix avec moi-même et à l'écoute de mon prochain, même si cette prise de conscience est encore trop souvent un éclair dans la nuit de mon péché. Et la mémoire de ces instants, associée au travail de l'Esprit Saint en moi, me permet de tenir, et à chaque fois que je recule de deux pas, d'essayer d'avancer de trois. Bien que pour être franc, j'ai plus souvent l'impression d'avancer de trois et de reculer de quatre...

Publié dans Spi

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