Agir...

Publié le par Manu

Le blogueur catholique Pneumatis, dans un excellent billet dont certains médias se sont d'ailleurs fait l'écho, lance l'interrogation suivante, à propos de l'attitude de quelques sites de la blogosphère tradi:

 

"Surtout certains pensent qu'être en communion avec le Pape se résume à défendre la vie naissante (je le dis avec d'autant moins de complexe que je m'estime largement engagé pour cette cause), à célébrer dans le rite tridentin, et à condamner publiquement l'homosexualité. Je vais être taquin, mais généralement on les entend beaucoup moins quand le pape s'adresse au conseil pontifical pour la pastorale des migrants, sauf à procéder à un savant découpage de ses propos. Bref, écoutent-ils seulement l'ensemble des enseignements de l'Eglise ? Prennent-ils la mesure de l'ampleur des enjeux de l'évangélisation ? Mesurent-ils seulement un tout petit peu que ce qu'un évêque fait au quotidien 24h/24 (à part peut-être quand il dort un peu), dans la prière ou dans l'action, c'est précisément servir le Christ en communion avec toute l'Eglise ? "

 

Non seulement je partage complètement cet avis, et plus largement l'opinion exprimée dans l'ensemble du billet, mais je pense pouvoir le reprendre en partie pour me remettre moi-même en question, alors que je ne suis tradi ni de près ni de loin, et même plutôt sur l'aile gauche de l'Eglise, à supposer qu'elle ait des ailes...

 

En effet  la lecture de ce passage m'a tout d'abord fait sourire, et m'a rempli quelques minutes d'un certain sentiment de supériorité envers cette frange du catholicisme trop politisée et peut-être pas toujours suffisament investie dans l'évangélisation et le service. Mais très rapidement, et comme en traître, la question de la portée et du sens de mon propre engagement s'est glissée dans mon esprit et ne m'a plus lâché.

 

Je ne suis pas totalement inactif, et mon engagement dans l'Eglise ne se résume pas aux causes qui font particulièrement sens dans mon cheminement personnel, qui sont mon "identitaire" à moi, comme la question du Hellfest... Je fais partie d'une communauté de vie laïque, et je suis animateur d'aumônerie, comme je l'ai déjà dit ailleurs... J'ai participé aussi à l'animation de quelques messes.

 

J'ai donc une vie de service: je ne suis pas replié sur mon propre univers, dans ma foi perso, avec mon Jésus qui ne parle qu'à moi et m'aime plus que tous les autres.

 

La question n'est donc pas celle de mon engagement en lui-même, mais celle de son sens et de sa portée.

 

Je m'explique: mes divers activités dans l'Eglise font partie de ma routine. Chaque mois j'ai une soirée de partage en communauté. Des dates de préparation d'aumônerie, de rassemblements, de journées de retraite ou de pélerinage à animer reviennent périodiquement dans mon agenda (ou plutôt y reviendraient si j'en tenais un, ce qui serait un bon antidote à ma distraction perpétuelle ). Ce qui n'est déjà pas si mal en soi, si j'en crois le turn over incessant des animateurs et la difficulté à en recruter suffisamment chaque année pour faire fonctionner l'aumônerie.

 

Mais si je fais du bien, je ne recherche pas pour autant à toujours faire davantage le bien. Je reste dans l'attente de mon prochain, au lieu de le rechercher activement.

 

Un exemple: j'ai diffusé sur les réseaux sociaux auxquels j'appartiens les appels dénonçant les persécutions subies par les chrétiens d'Irak, j'ai signé l'Appel de La Vie (signez-le aussi si ce n'est pas encore fait...), mais j'ai esquivé les manifestations, et je n'ai pas vraiment cherché à me renseigner sur l'aide concrète que je pouvais apporter.

 

De même, dès qu'il y a un article un peu désagréable sur le metal ou le Hellfest, je monte au créneau, mais lorsque le Secours Catholique fait un appel à des bénévoles ou des contributions financières en fin de messe, je me fais beaucoup plus discret.  Je suis prêt à agir quand une cause me touche dans mon identité ou quand une polémique me blesse, mais j'ai les plus grandes difficultés à me motiver pour des enjeux qui ne me concernent pas directement et qui sont fastidieux et sans gloire.

 

Il en va de même pour beaucoup de monde, et il est clair que de toute manière on ne peut pas contribuer à toutes les causes et se disperser. Il vaut mieux sans doute se concentrer sur un ou deux dossiers et y faire le maximum. Mais c'est précisément ce maximum pour lequel je sens que l'Esprit Saint fait grandir du désir en moi.

 

Lorsque j'ai commençé ce blog à l'occasion du mercredi des cendres de l'année dernière, j'en ai parlé à mon accompagnateur spirituel. Ce qui l'a un peu fait sourire: c'est un homme d'une soixantaine d'année qui considère l'essort des blogs et des réseaux sociaux avec un certain scepticisme. Mais il a également immédiatement relevé que ce geste traduisait une volonté d'agir, et il m'a suggéré d'autres moyens de mettre en oeuvre ce désir moins "virtuels", tels que faire du bénévolat pour le Secours Catholique, le CCFD, etc.

 

Je pense que mon blog m'est très utile pour préciser ma pensée, et s'il n'est pas très visité, j'ai eu des échanges très riches sur d'autres sites. Je pense donc qu'il ne s'agit pas d'un refuge dans le virtuel, mais d'un outil qui peut être très utile pour faire grandir ma vie spirituelle. Mais sa remarque a fait mouche, et de mois en mois, je sens depuis grandir en moi l'envie de me rendre utile, non seulement aux personnes qui me connaissent ou qui sont proches, ou qui partagent certaines expériences avec moi, mais également à des inconnus, qui peut-être ne me connaitront jamais et ne sauront jamais ce que j'ai fait pour eux.

 

Enfin, pour revenir à mon point de départ, autant l'article de Pneumatis qu'un certain nombre de polémiques au sein de l'Eglise cette année, sur le préservatif, les Kiss in, le Hellfest, mettent en évidence des factions apparemment irréconciliables de catholiques: les progressistes, les tradis, les catholiques "modérés", etc. Dans certains de ces débats, les difficultés et les ambiguités sont réelles, et on trouve de chaque côté des chrétiens sincères et très dévoués à leur foi et aux causes qu'ils croient justes.

 

Mais ce n'est peut-être pas dans les grandes causes doctrinales et dans les grands débats que se jouera l'unité de l'Eglise et le vrai sens de la communion ecclésiale... Le Christ ne s'était pas présenté en docteur de la loi, ni en zélote, mais tout en restant intransigeant dans les principes, il s'est fait connaitre aux foules par le service, en aidant les malades et les handicapés, en expliquant inlassablement la vrai signification du service. Et à son image, c'est sans doute en nous rendant un peu plus présents de manière concrète auprès des malheureux, comme de nombreuses associations catholiques essaient déjà de le faire en toute humilité depuis de nombreuses années, que nous réussirons à redonner à l'Eglise la visibilité et la place qui lui reviennent  dans la Cité. Je pense que le Christ nous attend davantage sur notre prise en compte des souffrances réelles des victimes de MST que dans la subtilité avec laquelle nous décortiquons et interprétons les dernières paroles du Pape, ce qui n'exclut pas de nourrir sans cesse à l'enseignement de l'Eglise notre charité pour ne pas qu'elle s'aveugle et s'étiole. Je pense qu'il me jugera plutôt sur la réponse que j'ai apporté aux inconnus qui demandaient mon aide que sur la qualité de ma compréhension des enjeux soulevés par le Hellfest. Car s'il est une forme de silence sur les erreurs de notre temps qui peut à juste titre être dénoncé comme de "l'enfouissement", je reste persuadé que c'est par un discours plus humble que celui que nous avons parfois et une visibilité très grande de l'action des chrétiens auprès des moins favorisés que l'évangélisation sera vraiment efficace. Et sans être vraiment être un grand connaisseur des positions "officielles", je pense que c'est d'abord à ça que nos évêques nous appellent, y compris le premier d'entre eux...

Publié dans Actualité religieuse

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