Que Ta Volonté soit faite

Publié le par Manu

«La prière est le sacrifice spirituel qui a supprimé les anciens sacrifices».

 

Je suis tombé sur cette citation de Tertullien au hasard d'internet, alors que je cherchais un peu d'inspiration pour un billet.

 

Je n'en connais pas le contexte, mais elle me touche beaucoup. Elle rejoint ma conception de la prière comme donner mon temps à Dieu, mais me permet de l'approfondir.

 

Prier, c'est faire le sacrifice de mon temps, mais aussi, d'une manière plus intime, de ma volonté. Quand je me prépare à prier, ma volonté n'est généralement pas tournée toute entière vers Dieu. Je suis préoccupé, distrait ou réjoui par des évènements dans ma vie professionnelle, familiale, sentimentale, etc. Prendre le temps de la prière est souvent d'autant plus difficile que mes pensées ne sont pas tournées vers Dieu la plupart du temps.

 

Parfois cependant, je suis très motivé pour prier, non pas parce que je désire davantage une rencontre intime avec Dieu, mais parce que les évènements du monde débordent les cadres que j'ai fixé à ma vie, que je me sens dépassé par eux, et que j'éprouve le besoin d'appeler Dieu à l'aide. Je suis alors à l'image du psalmiste au début du psaume12:

 

" Vas-tu m'oublier ?

Combien de temps, Seigneur, vas-tu m'oublier,
combien de temps, me cacher ton visage ?
Combien de temps aurai-je l'âme en peine
et le cœur attristé chaque jour?
Combien de temps mon ennemi sera-t-il le plus fort ?

Regarde, réponds-moi, Seigneur mon Dieu!
Donne la lumière à mes yeux,
garde-moi du sommeil de la mort;
que l'adversaire ne crie pas: " Victoire! "
que l'ennemi n'ait pas la joie de ma défaite!

Moi, je prends appui sur ton amour;
que mon cœur ait la joie de ton salut!
Je chanterai le Seigneur pour le bien qu'il m'a fait" (TOB).

 

Comme le psalmiste, mes problèmes m'obnubilent tellement que je doute de l'amour de Dieu, de son inclination à me comprendre et à m'aider. Je me place au centre et je conçois Dieu comme un au-delà dont peut-être viendra le Salut, et peut-être pas.

 

Mais au cours du psaume, sans raison apparente, le psalmiste change de discours. Il commence par "Combien de temps vas-tu m'oublier", mais finit par "je chanterai le Seigneur pour le bien qu'il m'a fait". Non pas parce que tous ses problèmes ont disparu comme par magie. Il disait: "combien de temps aurai-je l'âme en peine", mais ajoute bientôt: "moi je prends appui sur ton amour". Il demande "donne la lumière à mes yeux", et cette lumière lui est donné. Il passe de cette "âme en peine" chagrinée par tous les obstacles à sa volonté propre, à la "joie du salut" après avoir pris appui sur l'amour de Dieu, et sur sa Volonté.

 

Il en va souvent de même dans ma prière. Je pars d'un problème qui m'obsède, ou d'une angoisse, et ma position change complètement au cours de la prière. Je considère ce qui me fait souci non plus du point de vue de ma volonté, mais de celle de Dieu, et non seulement le mal parait moins grand, mais je vois toutes les traces dans les évènements récents de l'amour de Dieu, là ou je me croyais abandonné, et je veux rendre Grâce.

 

Ainsi j'étais parti en retraite cet été avec le coeur soucieux, pour des raisons d'ordre privé. Au soir du deuxième jour, j'étais en larmes (pas pour des raisons objectivement graves, mais la solitude de la retraite a un peu accentué ma tendance naturelle à dramatiser), et je suppliais le Seigneur de faire quelque chose pour moi. Et mes problèmes ne se sont pas résolus pour autant immédiatement, mais j'ai été grandement réconforté par la prière, et à partir du troisième jour j'avais tout le temps envie de rire tellement j'étais heureux. Je ne dis pas que ça arrive lors de toutes les retraites de manière aussi spectaculaire (et souvent même cette action de l'Esprit Saint s'opère à mon insu, hors de toute gratification sensible), mais j'avais fait l'expérience d'une forme de sacrifice permis par la prière, celui de ma volonté: je ne voyais pas ma vie telle que je la voulais, mais telle que Dieu la veut. Et j'en sortais réconforté et ressourcé.

 

Un prêtre que je connais a coutume de dire que le "Que ta Volonté soit faite" est le plus beau passage du Notre Père. Depuis cet été, j'y pense souvent, et je comprends de plus en plus que le sacrifice implicite de ma volonté qui est formulé dans cette demande ne revient pas à mutiler mon désir et ma recherche du bonheur, mais à les accomplir, c'est-à-dire que je découvre concrètement que la Volonté de Dieu n'est pas seulement un Tout Autre abstrait, mais qu'elle a toujours pour objet mon amour et pour conséquence mon salut, mais pris dans une perspective plus vaste que je ne saurais l'imaginer. Et même si ma vie future sur terre, sur un plan purement matériel, devait n'être que souffrance et mort, je sais que Dieu est présent avec moi, et qu'il sème une à une les germes de mon bonheur futur et de celui de de mon prochain. Il suffit de se tenir attentif pour les voir et les faire fructifier.

 

Notre Père, que Ta Volonté soit faite.

Publié dans Spi

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