Redonner le goût de la prière...

Publié le par Manu

"Et si la prière est si peu une réalité pour les jeunes catholiques pris dans leur ensemble, n’est-ce pas d’abord et surtout parce que les plus fervents d’entre eux ne savent pas donner le goût, le sens et l’importance de cette prière ?"

 

Cette question, posée par Edmond Prochain dans son blog, me travaille depuis hier.

 

Bon, comme je l'ai déjà exposé dans un billet précédent, l'habitude de prier ne m'est pas vraiment venue naturellement, et si j'arrive maintenant à y consacrer au moins deux temps par jour, ça n'a pas été sans rencontrer quelques difficultés.

 

Je pense que l'examen de ces dernières pourrait être utile pour faire sentir à ceux qui n'arrivent pas à prier ou qui n'en voient pas l'intérêt combien cette habitude à prendre est vitale pour l'équilibre de toute vie spirituelle.

 

Après avoir un peu tout plaqué de mon éducation catholique au sortir de l'adolescence, je suis revenu très progressivement à la Foi, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire sur ce blog. Et cette Foi qui grandissait en moi a longtemps été très intellectuelle, très abstraite.

 

Dieu a longtemps été un élément parmi d'autre de ma philosophie personnelle de l'existence. J'avais besoin de croire en lui pour justifer un certain nombre d'espoirs et d'opinions,  mais je concevais davantage ma foi comme une idée régulatrice que comme une relation personnelle.

 

Autant dire que prier était pour moi une perte de temps, comparé à la lecture de tel ou tel ouvrage de philo ou de théologie qui me permettrait, pensais-je, de rentrer davantage dans la compréhension de son mystère.

 

A force de lire des ouvrages d'auteurs chrétiens, catholiques ou autres, j'ai quand même fini par remarquer l'importance donnée par ceux-ci à cette relation personnelle, vécue dans la prière et lavie sacramentelle.

 

Un certain nombre de difficultés personnelles m'ont par ailleurs motivé pour revenir à la messe du dimanche dans un premier temps, pour prendre l'initiative de me confesser dans un second temps.

 

A partir du moment où j'ai commencé à prendre le rythme de la vie en paroisse, j'ai rapidement intégré un groupe de jeunes pros, participé à quelques préparations de messes, fait partie pour un temps assez court d'un groupe de partage d'évangile.

 

Pour la fréquentation des sacrements, j'étais donc en progrès considérable. Cette pratique, couplée aux échanges avec d'autres chrétiens pratiquants au sein du groupe jeunes pros, m'a aidé à appréhender Dieu comme une personne et non plus comme une superstructure idéologique de mon propre désir.

 

J'ai donc progressé très grandement en quelques années, tant dans le sérieux et la sincérité de mon engagement de catholique que dans la compréhension de l'enseignement de l'Eglise, qui ne m'est plus apparu comme une doctrine dont je devais apprendre toutes les subtilités dialectiques ou autres, mais comme une pratique vivante que j'approfondissais dans la vie liturgique et la fréquentation d'autres chrétiens. Je comprenais que, si la fréquentation des théologiens et des philosophes chrétiens est excellente en soi, elle ne mène à aucune compréhension de l'intérieur sans un minimum de relation personnelle à ce qui est quand même l'essentiel: Dieu.

 

Cela dit, la prière en solitaire restait un gros blocage. Quand le thème tombait lors des rencontres de mon groupe jeunes pros, ou quand mon confesseur abordait le sujet, ma réponse était: "Euh...".

 

Je pense que ma difficulté principale résidait dans mon incapacité à percevoir les bénéfices concrets de la prière. J'avais l'expérience de certains effets de la Grâce dans des célébrations eucharistiques, ou au cours de confessions, ou dans des circonstances très précises et assez exceptionnelles de ma vie, dans des cadres très précis... Mais la prière, c'était un peu pour moi comme donner des coups d'épée dans l'eau... Pour moi, Dieu n'y répondait que dans des circonstances très particulières, ou alors à des personnes très très saintes, et de toute manière il savait avant nous ce qui se passait dans notre tête, alors je ne voyais pas l'intérêt de lui dire. Et également, j'étais un peu mal à l'aise devant l'importance que lui donnaient certaines personnes très dévotes, qui me paraissait un peu de la superstition...

 

La première retraite que j'ai effectuée dans le cadre de mon groupe jeunes pros, que mon aumônier a mise à profit pour nous expliquer les grands principes de l'oraison, a été pour moi une révélation dans tous les sens du terme.

 

Elle m'a permis de comprendre que prier n'était pas juste parler à Dieu dans l'espoir d'une réponse, mais lui consacrer du temps, pour mieux se laisser transformer de l'intérieur par l'Esprit Saint.

 

Jusqu'ici, je concevais la prière comme une activité qui restait à la surface de mon intériorité, où j'exposais celle-ci sans qu'elle change pour autant à quelqu'un qui la connaissait déjà.  Vu comme ça, ce n'est pas très motivant.

 

Pour moi, prier, c'était parler à Dieu, soit de ce qui me passait par la tête, soit (pire) en récitant des textes appris par coeur, pendant un temps indéterminé et de façon un peu désordonnée ou sentimentale...

 

Ce que cette retraite m'a appris, c'est que la prière peut être méthodique, et qu'elle n'est pas toute entière dans le dialogue explicite, même s'il est essentiel d'y consacrer quelques minutes en début et en fin d'oraison, mais qu'elle est un temps fixe que je consacre à Dieu, auquel je me tiens (pas plus, pas moins), et au cours duquel, même s'il ne se passe rien, même si je m'ennuie, je permet à l'Esprit Saint de me transformer et de me conformer à la Volonté de Dieu. Ce temps me permet de suspendre momentanément toutes ces distractions de la vie quotidienne qui me font retomber sans arrêt dans le péché, qui ne se réduit pas, je le rappelle, à la faute morale, mais réside dans tout ce qui me coupe de Dieu...

 

La prière, d'une certaine manière, je la conçois comme un anti-péché, un antidote au péché (sans qu'elle ne puisse se substituer pour autant au sacrement de réconciliation). C'est un temps qui parfois va me donner une expérience concrète de l'amour de Dieu, et durant lequel parfois je vais m'ennuyer et regarder ma montre. Mais c'est un temps que je ne vais consacrer qu'à Dieu, et dont Il va profiter pour mettre les bouchées doubles dans la dispensation de cette Grâce qu'il me propose en permanence, mais à laquelle je me ferme le plus souvent, tout absorbé que je suis par tout ce qui détourne de Lui.

 

  Et comme c'est en forgeant qu'on  devient forgeron, la difficulté suivante, qui consiste à prendre une habitude de prière chaque semaine ou chaque jour, j'ai mis quelques années à la surmonter, mais à force de retraites, de pélerinages et d'accompagnement, je suis en train de la vaincre.

 

Voici donc, cher catholique qui ne prie pas, tout ce qui es à ta portée... Ce temps régulier consacré à Dieu, qui lui donne l'opportunité de faire grandir Sa Présence et Son Amour en toi, de rendre non plus abstrait, mais concret, vivant et personnel le lien qui Vous unit.  Entre autres bénéfices, il a pour effet que tu ne retrouves plus à la messe ou dans les rassemblements un juge face auquel tu as secrètement honte de tout ce qui t'a éloigné de lui depuis la dernière fois que tu as mis les pieds dans une église, mais un proche, un ami ou un parent, que tu es joyeux de revoir, même si tu as parfois des choses à te faire pardonner...

 

En ce sens, tu dois trouver le goût de la prière pour retrouver celui de Dieu...

Publié dans Spi

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marilo 30/11/2010 23:53



Merci pour ce témoignage éclairant ! ça aide de se dire que ça peut prendre plusieurs années de réussir à prier régulièrement, mais que c'est quand même possible d'y arriver !



Manu 01/12/2010 10:32



Merci à vous pour ce retour encourageant! Et bon courage dans votre propre cheminement!


En union de prière...