Dieu au plein coeur du réel

Publié le par Manu

Personne n'est parfait, et j'ai moi-même un certain nombre de défauts, dont une tendance au repli et à l'évasion dans l'imaginaire. Celle-ci n'a pas été sans conséquences pour mon combat spirituel.

 

Notamment, j'ai longtemps dû lutter contre la tentation d'opposer ma vie de chrétien, mon désir de Dieu, et ma vie professionnelle, matérielle, etc. Je me rappelle par exemple qu'il y a trois ans, au retour d'un week-end de retraite où Dieu m'avait fait la Grâce de  ressentir profondément les bénéfices spirituels reçus dans ma prière, j'étais tellement déconnecté du monde réel, tellement démotivé par ma vie professionnelle, que j'ai bien mis quinze jours à retrouver ma concentration et à pouvoir travailler en mettant derrière moi l'envie constante de tout laisser tomber.

 

Sans en avoir vraiment conscience, je croyais trouver le Salut dans les effets, je pensais qu'on cherche mieux Dieu quand on a une vie tranquille, sereine, dénuée de souci... J'avais l'impression que mon travail me faisait passer à côté de ma vie spirituelle,et que ma vie devait ressembler le plus possible à l'emploi du temps d'une retraite. J'opposais l'ora au labora, en quelque sorte...

 

Au début d'une retraite ultérieure, je confiais à la personne chargée de m'accompagner mon désir d'augmenter la fréquence des moments où je sentais Dieu présent auprès de moi, et de diminuer celle des temps de désert, de nuit spirituelle.Formuler son erreur permet souvent d'en prendre conscience, et c'est ce qui m'arriva dans les jours qui suivirent.

 

Le premier chapitre de la Genèse, qui décrit la Création en six jours, fut essentiel dans cette prise de conscience:

 

"Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.

Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres.

Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour. " (Gen., 1, 2 à 4).

 

La première chose que Dieu fait: créer la lumière. Et qu'est-ce qui arrive juste après:? La nuit. Ce passage me fit réaliser la place de la nuit, de l'absence apparente de Dieu, dans l'économie du Salut.. Je me demandais alors quel rôle jouait ma propre nuit spirituelle, tous les soucis, toutes les sécheresses, qui étaient pour moi associées aux contraintes matérielles de ma vie de tous les jours. Dieu me touchait d'une certaine façon lors des "temps forts" de ma vie spirituelle, lors de retraites, de secrements, de rassemblements, etc.., mais de quelle autre façon me touchait-il dans la nuit de ma conscience, au cours de ma vie de tous les jours, de mon travail? 

 

Au fil des mois, j'ai pris conscience du rôle de la mémoire dans ma vie spirituelle. Le "temps fort", ou la consolation spirituelle reçue à tel ou tel moment, ne sont pas des évènements isolés et clos, des oasis au sein du désert de la vie réelle. Ce sont des souvenirs, des instants où j'ai senti la présence et l'amour de Dieu, et que ma mémoire conserve tout au long de ma vie, au travail comme au repos. Et cette  trace qu'ils ont laissée en moi me pousse à faire un pas de plus dans ma vie spirituelle, qui m'amène de nouvelles grâces, qui viennent nourrir à leur tour cette mémoire. Et au fil du temps, celle-ci devient une espérance, la certitude, au plus profond même de la nuit, dans les pires périodes de routine ou de stress, que Dieu est présent et qu'Il m'attend.

 

Et devenue espérance, la vie quotidienne, routinière, stressante, n'est plus le lieu de l'absence, du désespoir, du manque, de la passivité, mais celui de l'attente active, de la préparation de la rencontre avec Dieu au travers de mon  prochain, dans l'exercice de mon métier ou dans le service auprès de la paroisse, au travers de la prière chaque matin et chaque soir, au travers de la mise en ordre progressive, patiente de ma vie et de ma foi.

 

Une autre retraite, sur l'Exil, associée à la lecture des manuscrits autobiographiques de Ste Thérèse de Lisieux, me permit de dépasser l'attente des moments de consolation, pour mieux goûter la gratuité de l'espérance dans la nuit. Cette retraite, j'en suis revenu beaucoup plus serein. Elle m'a permis de réaliser que je ne considérais plus la grisaille de la vie quotidienne comme un lieu et un temps d'aliénation, mais comme un terrain d'entrainement de cette espérance. Le Seigneur est avec moi dans les moments de bonheur, Il est aussi avec moi dans les moments de malheur, et c'est cette Présence qui compte, et non son contexte ou les sensations qui l'annoncent parfois.

 

C'est ainsi que j'ai compris que Dieu ne nous attend pas dans un Au Delà exaltant ou au fin fond d'une retraite cachée aux yeux du monde, mais au plein coeur du réel.

Publié dans Spi

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Tortue 14/10/2010 19:32



Même si nous ne vivons pas les choses de la même façon ;op, joli texte et j'aime bien tes déductions ^^



Manu 14/10/2010 19:44



Merci, la tortue!