Ce qui m'irrite dans le dernier Metallian

Publié le par Manu

Je viens enfin de prendre le temps de lire la dernière livraison de Metallian (magazine musical spécialisé dans le metal extrême).

 

On y trouve une interview de Varg Vikernes, l'unique membre du one-man band Burzum. Ce sympathique personnage est à lui seul responsable ou complice d'une grande partie des faits divers reprochés au black metal. Il est sorti il y a quelques mois de prison, seize ans après avoir été condamné pour le meurtre de Euronymous, guitariste au sein du groupe Mayhem, ainsi que pour l'incendie de plusieurs églises en Norvège. Vikernes est également un néo-nazi déclaré et un adepte de l'odinisme asatru, un courant néo-païen qui prétend restaurer le culte des dieux de la mythologie scandinave.

 

Metallian avait déjà ressorti de ses tiroirs deux vieilles interviews l'an dernier, qui avaient été présentées en couverture comme un entretien exclusif à l'occasion de la sortie de prison de Vikernes. Cette fois ci, il s'agit bien d'un entretien récent, mais qui comme les précédents ressemble davantage à une hagiographie qu'à un véritable travail de journaliste.

 

L'auteur de l'interview compare Vikernes dans le texte introductif à une sorte de sage à l'écart du tumulte du monde, une légende vivante, dont la notoriété serait davantage l'expression de son authenticité que la conséquence de crimes sordides et de problèmes psychologiques.

 

L'entretien lui-même fait figure de prétexte, et donne à Vikernes une tribune pour déballer ses considérations pseudo-philosophiques sur la vie, évoquant par exemple "les dialogues de Platon, d'Aristote et de Socrate" qui datent de "milliers d'années". Si les dialogues de Platon sont célèbres et largement accessibles, ceux qu'aurait écrits Aristote ont été perdus. Quant à Socrate, s'il est un personnage récurrent des dialogues de Platon, il n'en a pas écrit lui-même. Et s'il est vrai que vingt-cinq siècles représentent des milliers d'années, en parler ainsi suggère que la connaissance qu'a Varg Vikernes de la question est extrêmement floue et de seconde main (je ne suis pas spécialiste non plus de la question, mais je ne me pose pas en grand penseur du siècle).

 

Dans une réponse ultérieure, le "loup de Bergen", ainsi que certains métalleux et médias se complaisent à l'appeler, livre une version complètement surréaliste de l'histoire européenne, faisant de la France le seul pays civilisé jusqu'au 19ème siècle.

 

Enfin, il conclut en faisant la promotion de son prochain livre, sur les mythes et la sorcellerie, si ma mémoire est bonne. Compte-tenu du niveau de culture et d'analyse révélé par l'entretien, on hésite à partager l'enthousiasme du journaliste à propos de la sortie prochaine de cet ouvrage.

 

Si Vikernes parle un peu de son dernier disque et de ses choix de distribution en début d'interview, il aurait sans doute été intéressant de lui demander ce qui l'a conduit à faire un nouvel album à peine libéré, alors qu'il a répété dans plusieurs entretiens donnés lors de sa captivité qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec le black metal et les black métalleux. Et également de l'amener à préciser les raisons musicales de son retour à un metal moins ambiant... L'entretien de Fenriz de Darkthrone, autre ancien du "Black metal Inner Circle", dans le même numéro m'a paru beaucoup plus éclairante sur ce plan.

 

Surtout, cette façon qu'a Metallian d'encourager complaisamment certains musiciens satanistes ou NSBM à étaler leurs délires devient assez irritante avec les années. Comment se plaindre des accusations elles-mêmes souvent délirantes qui fleurissent avant chaque Hellfest contre le metal, si le black metal, au lieu d'être présenté comme ce qu'il est foncièrement, c'est-à-dire un genre musical à part entière, avec sa beauté particulière et sa manière propre de déconstruire les codes musicaux pour les reconstruire, fait systématiquement l'objet, par ses propres adeptes, d'un amalgame complaisant avec de la philosophie ou de l'occultisme de comptoir, et des théories adolescentes sur la religion ou la politique. A force d'utiliser l'imagerie du metal comme un moyen de se couper du monde réel, il ne faut pas s'étonner que les rapports avec ce dernier soient souvent déplaisants.

 

Je profite enfin de l'occasion pour me lâcher sur un autre tic irritant de Metallian, qui n'est pas directement lié au reste du billet: les guillemets, ça s'utilise pour faire une citation, pas pour essayer de neutraliser chaque expression grossière ou familière qu'un musicien ou un journaliste pourrait être amené à utiliser dans un article ou une interview. C'est quand même une erreur de collégien...!

Publié dans Metal

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