Est-ce que j'aime Dieu?

Publié le par Manu

J'étais ce week end en pélerinage avec quelques amis à Paray-le-Monial. Lors de la veillée d'adoration du samedi soir, nous avons été invités à écrire une prière sur un morceau de papier et à le déposer devant l'autel. Puis nous devions retirer d'une corbeille un petit texte à méditer.

 

Voici le contenu de celui sur lequel je suis tombé:

 

"J'ai soif, mais d'une soif si ardente d'être aimé des hommes au Saint-Sacrement, que cette soif me consomme; et je ne trouve personne qui s'efforce, selon mon désir, pour me désaltérer, en rendant quelque retour à mon Amour" (Jésus à Sainte Marguerite-Marie).

 

Je connais mal la vie de Sainte Marguerite-Marie, et j'ignore le contexte de cette citation. Mais j'ai été frappé par cette image d'un Jésus habité d'un désir inassouvi, semblable à un homme qui aime une femme à la folie, et n'est pas aimé de celle-ci ou pas autant en retour.

 

Et je me suis alors demandé si j'aimais Dieu.

 

Je crois en Lui, je Le prie quotidiennement. Je vais à la messe chaque dimanche et je me confesse régulièrement. Je suis animateur d'aumônerie et membre d'une communauté de laïcs. Je fais au moins une retraite et un pélerinage chaque année. J'ai fait plusieurs fois l'expérience concrète de Sa Présence et de Son Amour, au détour d'évênements ou de rencontres, et j'ai ressenti dans mon coeur ce que signifie "goûter" Sa Parole. Et je crois profondément que Dieu, d'une manière ou d'une autre, ne répond pas seulement à une prière, à quelques prières, mais à toutes les prières, ne serait-ce qu'en nous transformant à notre insu.

 

Mais est-ce que j'aime Dieu?

 

J'aime les sensations que m'apporte parfois la vie spirituelle. J'aime le sentiment d'espérance que me donne la foi. J'aime les amis que je me suis fait dans ma paroisse, et les souvenirs de rassemblements. J'aime l'image de moi comme catholique pratiquant, et le fait de pouvoir compter sur Dieu dans mes prières.

 

Est-ce que je L'aime pour Lui-même, ou pour Ses dons?

 

Lorsque je lisais cette été l'autobiographie de Sainte Thérèse de Lisieux, j'étais frappé par la description qu'elle faisait des retraites qu'elle avait vécues après son entrée dans les Ordres.

 

Par exemple:

 

"Avant de vous parler de cette épreuve j'aurais dû, ma Mère chérie, vous parler de la retraite qui précéda ma profession; elle fut loin de m'apporter des consolations, l'aridité la plus absolue et presque l'abandon furent mon partage.  Jésus dormait comme toujours dans ma petite nacelle; ah! je vois bien que rarement les âmes Le laissent dormir tranquillement en elles. Jésus est si fatigué de toujours faire des frais et des avances qu'Il s'empresse de profiter du repos que je Lui offre. Il ne se réveillera pas sans doute avant ma grande retraite de l'éternité, mais aulieu de me faire de la peine cela me fait un extrême plaisir..." (Thérèse de l'Enfant Jésus, Manuscrits autobiographiques, Points Sagesse, 1957, p. 189).

 

Thérèse ajoute qu'elle y voit une preuve qu'elle est loin d'être une sainte, puisqu'elle se réjouit de cette aridité au lieu de l'attribuer à son manque de ferveur et de redoubler d'efforts. Je trouve au contraire que cette joie qu'elle éprouve exprime la gratuité de son amour pour le Seigneur.

 

Je mets généralement deux jours à rentrer dans une retraite. Et jusqu'ici, à partir du troisième, j'ai toujours ressenti une grande joie et une profonde sérénité en priant, et durant  les jours qui suivirent mon retour à ma vie habituelle. Ces expériences, et les souvenirs qu'elles me donnent, me soutiennent dans mon cheminement spirituel. Elles nourissent mon espérance. En ce sens, on peut dire que j'en ai besoin pour faire grandir ma foi et mon amour du Seigneur.

 

Thérèse recevait beaucoup moins de consolations sensibles de ses retraites (du moins de la plupart). Non pas parce que sa ferveur était inférieure à la mienne, bien bien au contraire, mais parce que son amour pour Dieu était si sincère, profond et désintéressé qu'elle pouvait persévérer dans la prière et les privations sans contrepartie sensible.

 

L'amour se nourrit d'une fréquentation régulière de l'être aimé: c'est donc par la persévérance dans mes habitudes balbutiantes de prière et leur élargissement que mon amour pour Dieu s'accroitra et gagnera en profondeur, en intensité et en gratuité. Mais je retiens de tout ceci que je m'appuie encore beaucoup sur les gratifications sensibles issues de ma vie spirituelle, et que tant que je ne m'en serai pas détaché, tout en rendant Grâce à Dieu de me les avoir fait vivre, mais en prenant conscience qu'elles sont des étapes passagères vers un objectif bien plus essentiel,  je ne pourrai pas prétendre sincèrement désaltérer cette soif d'amour que le Christ décrit à Sainte Marguerite-Marie.

 

Seigneur, je Te loue pour cet Amour désintéressé et fidèle que Tu nous voues. Donnes-nous de T'aimer davantage pour Toi-meme, et pas seulement pour les consolations et les espoirs que Tu nous apportes, qui sont des signes importants, mais qui pointent vers une Espérance plus grande encore...

 

Publié dans Spi

Commenter cet article